Mémoire. Réflexions de Monique Douillet

…« Ce n’était pas « Alzheimer », je ne crois pas. On appelle toutes les pertes de mémoire Alzheimer aujourd’hui, par paresse, mais il y a des processus de destruction différents, des origines différentes : chocs affectifs, enfermement autistique, atrophie corticale, démence vasculaire. Il faudrait observer et décrire le processus de chacun par le détail, retourner aux prémisses du désordre.»

Pour lire, cliquez : Mémoire révisé 15-10-14

5 pensées sur “Mémoire. Réflexions de Monique Douillet”

  1. Ce texte résonne comme l’écho d’un cri que la montagne perdrait à l’infini dans ses méandres…Un cri qui s’amoindrit jusqu’à devenir presqu’inaudible quand la mémoire se fait plus discrète et ne se manifeste plus que sur la pointe des pieds. La pudeur des regrets donne une sensibilité particulière à ce morceau de vie presque trop court. Tout est tu et tout est dit…Tout est jeu ou je et tout est tu… ou le devient à la lecture.

  2. Cela pourrait s’appeler « Souvenirs de mémoire ». Qui peut dire « jamais je n’oublierai »? Oui, moi, jamais je n’oublierai ce qui ne peut s’oublier. Tout le reste, tout ce qu’on nous astreint à retenir n’est rien, ne sert à rien à côté du souvenir. Le souvenir qu’on garde pour soi jusqu’à l’égarer au fond de la mémoire, pour ne pas le voir s’enfuir. C’est le souvenir, si précieux, si vital, qui ferme la mémoire comme une huitre. Cette mère a protégé son souvenir jusqu’au bout. Et je la comprends tellement, tellement…
    Merci pour cette confidence, Monique.
    JPierre

  3. Ce que tu dis et ta façon de le dire sont très évocateurs. Pour moi, la parole est fondée sur une écriture qui nous précède mais que nous pouvons enrichir. En réalité nous y avons accès par l’écriture elle-même. Notre erreur consiste à confondre l’écriture et la parole et à croire que nous pouvons maîtriser l’écriture par la parole. Personnellement je pense que c’est faux. Il est nécessaire de remonter à l’écriture en écrivant. Nous n’avons pas perdu les mots, nous avons perdu l’écriture. Nous n’écrivons plus avec notre crayon et notre stylo si bien que notre écriture s’enfonce dans l’inconscient. Lorsque je constate que je perds les noms de personne, car nous les perdons tous, à partir de cinquante ans, j’écoute la télévision avec un crayon et j’écris tous les noms propres qui se présentent. Les identités se recomposent et je m’enfonce dans une joie profonde en m’enfonçant dans l’écriture restaurée. Un peu abrutis par nos ordinateurs, il faut que nous pensions à restaurer notre mémoire pour en augmenter la capacité, comme on remontait le réveil avant de s’endormir. Je vais raconter une expérience qui m’a beaucoup marqué. Mon directeur, un jour, m’a dit : « Essayez, à tout prix, de voir comment on peut améliorer l’insertion ». Je suis parti de l’hypothèse que nous avions la solution mais que cette solution était encore inconsciente, c’est-à-dire qu’elle n’avait pas trouvé l’écriture. C’est alors que je constitue deux groupes : un groupe de professionnels aguerris sur Lyon et un groupe de marginaux en Ardèche. A chaque réunion, ils devaient parler de l’insertion et personnellement j’écrivais tout ce qui était dit et je donnais, peu de jours après, le relevé écrit de leurs discours, en l’ordonnant en fonction du contenu. Au bout de quelques séances, dans l’un et l’autre groupe, j’avais ma solution. Pour favoriser l’insertion il fallait travailler sur les espaces intermédiaires. C’est, d’une certaine façon, c’est ce que j’essaie encore de faire aujourd’hui. Avec l’espace intermédiaire, j’ouvre l’espace du souffle, de la parole, de la création et du sujet…

  4. Ton texte sur la mémoire , celle de ta mère , la tienne , m’a touchée car nous en sommes tous là , avec nos ami(e)s , nos parents , évoquant un peu trop vite « l’alzheimer  » devenu mot-valise ..
    Mais surtout il m’a fait remonter un souvenir à la fois extrèmement difficile et précieux , Jacques Hassoun se voyant et s’entendant perdre les mots (pour cause de tumeur .. plus que qq mois !) et avec qui , lors d’une soirée chez des amis , j’ai eu le sentiment -grâce à mon vécu d’enfance en Creuse – d’être celle qui lui proposait les mots cherchés sur cette région et de voir son soulagement passager à chaque mot ..retrouvé!
    Annie ( stage « écrire le silence  » cet été au cas où ..)

  5. On a tous réfléchi sur cette perte de mémoire qui accompagne l’âge et pensé avec un peu de peur, que ces oublis pourraient un jour nous concerner. Ton texte aborde le sujet avec beaucoup de tact sans sombrer dans le drame mais avec une certaine crainte que nous ressentons tous. . .

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