NETTOYEURS DE TRANCHÉES par Lester L. GORE

Étrange composition du récit qui oscille et alterne entre Mai 1919 et juin 1918, mené d’une même écriture précise et dénuée de tout sentiment, que l’on soit dans le souvenir très proche ou différé du vécu par une année de recul. Témoignage en même temps d’un vécu que le traumatisme a débarrassé de tout sentiment. C’est du pur Lester !
Cette nouvelle a été soumise à un concours organisé par l’Écritoire des ombres.
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7 pensées sur “NETTOYEURS DE TRANCHÉES par Lester L. GORE”

  1. Ce récit est redoutable de précision, chaque détail a son importance et il y en a beaucoup. Le tout assaisonné de barbarie, avec les horreurs de la guerre, sans merci ni pitié.
    U n sentiment d’impuissance et de remords monte en nous à la pensée que c’était bien pire en réalité.

  2. Il m’a fallu prendre du recul pour apprécier cette histoire à sa valeur. Une première lecture trop rapide, m’avait laissée interrogative sur la froideur — que je connais de certains de tes récit — mais qui là, dépassait les bornes au premier abord, quand la main jetée au loin du collègue du lieutenant n’avait trouvé aucun prolongement, ni écho exprimé.
    Après j’ai lu autrement et compris que tous les éléments du récit concouraient au dialogue philosophique final entre le vampire et le lieutenant, avec ce retournement du narrateur.

    Bref, tu as produit un texte parfaitement écrit et pesé comme tu sais le faire, de mieux en mieux, sans flatterie. On n’y trouve plus une maladresse, plus une répétition involontaire, c’est une vraie mécanique professionnelle. Une « distanciation » assumée.

    Ce que je trouve extrêmement intelligent, c’est que dès le départ tu ne joues pas sur le suspens au sujet du vampire qui est immédiatement identifié de la façon la plus conventionnelle qui soit avec « sa bouche noircie de sang coagulé ». Le vampire, tu t’en fiches, il est avant tout pour toi une « Allégorie », celui qui dans le dialogue final va retourner le lieutenant dans sa façon de penser, cette façon de penser étant que les êtres humains sont des sortes d’insectes ballotés par les situations historiques répétitives, dépendantes de la fatalité, dont ils sont le jouet. L’Autre, le vampire, n’est lui même là-dedans que leur alter ego, un accident de l’Histoire, lucide sur son impuissance et sa contingence. Monique.

  3. Pas mal, Lester !
    On retrouve un peu du Cendrars, là-dedans. Miroir, o miroir, dis-moi si je suis le plus cruel ! Ce qui est moderne, c’est l’entrée en matière du mythe. On est impatient de voir ce que tu vas en faire.
    Bravo
    Jpierre Treille

  4. Moi qui ai hérité du livret militaire de mon grand-père , deux fois blessé en Champagne à la guerre de 14 ; je me posais mille questions sur son parcours de soldat, je pensais avoir des réponses avec ce texte . . . C’était le cas au début où même le paysage « d’arbres déchiquetés, laminés par les projectiles divers » est décrit, alors que moi je ne pensais qu’aux soldats, puis tout à coup au milieu de ce cataclysme s’ajoute le vampire . . . Je suis dépassée !

  5. Admin :En l’occurrence, la distanciation est due au format imposé par le concours : nombre de mots limité, thème imposé (Grande Guerre et fantastique). Mais il est vrai que je pense que la nouvelle est un genre à part, où tout doit tendre vers l’épure et l’essentiel. Et puis, je revendique cette « froideur » qui te dérange tant : à quoi bon en effet décrire les sentiments d’un personnage ? Je préfère tenter de pousser le lecteur à se poser la question : « et moi, comment aurais-je agi, et qu’aurais-je ressenti à se place ? »

  6. Jean-Pierre : je ne compte rien en faire, la nouvelle est terminée, fin ouverte sur le doute et l’interrogation.

  7. Yvette, mon but n’était pas d’expliquer cette guerre, ni d’apporter des réponses. Les témoignages -autrement mieux écrits- de Maurice Genevoix, Gabriel Chevallier, E M Remarque sont là pour ça. Mon défi était plus modestement de mettre en scène une créature fantastique très galvaudée en ce moment, et de ne pas le faire de manière trop gratuite.

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