Non violence (réflexion) par Monique Douillet

Quelques lecteurs m’ont fait le reproche de ne plus rien écrire depuis plusieurs mois.
Comme Jean-Pierre Treille s’est autorisé un bonus, non annoncé dans la lettre, à mon tour je soumets cette pochade improvisée à votre réflexion. Cliquez sur PDF : Non violence

16 pensées sur “Non violence (réflexion) par Monique Douillet”

  1. Eh bien, Monique, voilà une facette inattendue. Il m’est arrive plus d’une fois d’être énervée et même très en colère mais je crois que le pire que j’ai pu faire c’est de faire voler le cartable d’un élève par la porte ouverte tant il m’avait excédée, je crois que ce jour-là je n’étais pas loin de faire voler l’élève à sa suite. Il a du le sentir car il n’a pas demandé son reste.
    Je crois malgré tout que c’est difficilement évitable quand on travaille avec des humains, il y a des moments où on est plus fragiles et les provocations répétées auxquelles nous sommes confrontes peuvent pousser à bout. Sinon l’autre solution c’est de travailler avec des cartons, c’est peut-être plus reposant mais certainement moins enrichissant.

  2. Inattendue! Certes, mais qui peut se targuer de n’avoir jamais eu recours à cette arme secrète, pourfendeuse d’orgueil et d’amour propre, devant la bêtise ou la méchanceté gratuite?
    En plus l’avantage d’une paire de gifles c’est de n’être pas recevable en vue d’une plainte pour coups et blessures…Et ça fait parfois tellement de bien au généreux donateur!

  3. Très drôle ce texte. Effectivement on ne s’attend pas à ça de ta part. Cependant que tu écris et réponds par écrit, tu ne peux pas mesurer la violence du boumerang… Parfois encore plus douloureux qu’une gifle.
    Moi qui suis incapable de donner une gifle même à mes enfants, je me rends compte à quel point j’ai fusillé des personnes avec des mots. Les mots s’envolent, les écrits restes (dans les souvenirs aussi). Ce qu’on écrit devient définitif et ça fait des dégâts aussi.
    chantal

  4. Je crois n’avoir jamais eu ce genre de geste vis à vis de quelqu’un, pourtant l’envie était là, mais le manque de courage aussi, je redoutais le retour . Même avec les mots, je manque de virulence et je mets mon orgueil dans ma poche, pourtant sur le coup ça doit faire du bien, mais après ? . . .tu exposes tout ça très bien en démontrant qu’une gifle méritée s’accepte sans retour ! Yvette

  5. En fait, je ne démontre rien. Je constate que ma réaction instinctive est allée directement à ma main, sans passer par le cerveau. Et que quand je crois prendre de la distance en transférant par des mots écrits, c’est pire.

  6. Monique, je ne suis pas du tout scandalisé par ta double attitude violente. Au moins tu n’as pas déraciné la violence qui te constitue comme nous tous. C’est un sujet sur lequel j’ai beaucoup réfléchi : pour moi, le problème important est de faire passer la violence dans la parole. Il s’agit bien de la parole et non de l’écriture. La violence est un des fondements de la parole. J’ai toujours détesté certaines positions syndicales, qui sont dès le départ des positions de négociation, en esquivant le rapport de force initial. Le rapport de force initial ne fait que révéler la violence présente de part et d’autre, qu’elle soit cachée ou non. C’est une position de clarté pour avancer : nous sommes dans la violence, nous allons maintenant essayer de la faire passer dans la parole. Certaines positions non violentes me hérissent lorsqu’elles en viennent à nier la violence de départ. Tes claques étaient pour faire sortir l’autre de l’ambiguïté, pour l’amener à mettre à nu sa propre violence. Après quoi on allait pouvoir parler (ou non). Sur ce sujet, le débat actuel ne me semble pas clair ; il semble s’échafauder sur une non-violence de principe, un peu trop naïve.

  7. Merci Étienne de cette excellente analyse qui nous sort des sentiers battus. Il y a deux courants non violents : celui des naïfs, le plus connu, qui tend l’autre joue pour se faire battre et il y a la résistance non violente active, celle qui se bat par des stratégies, celle de Gandhi et, à une époque de Mandela.

  8. Permettez que je m’insinue dans cette discussion.

    La parole comme évitement de la violence ? Pas du tout. Vous voulez parler sans doute du dialogue. Car la parole comme expression peut être aussi violente que le geste. Pour ma part, j’ai même provoqué, sans le savoir, le suicide d’une copine de copine (que je ne connaissait pas du tout).
    Et comme Chantal qui aborde le sujet sur l’angle de l’écriture, en effet, les mots peuvent être meurtriers. Et j’aimerais recentrer cette discussion justement sur les rapports épistolaires. Est-ce qu’aujourd’hui nous savons encore écrire une correspondance avec un autre ? La lettre est un art à part. Le courrier est un art de l’attente. Et avec les moyens instantanés dont nous disposons, n’avons nous pas perdu ce temps de latence qui permettait de tourner sept fois nos pensées dans notre tête avant de les balancer à la boîte aux lettres ?
    JPierre Treille

  9. Je traite de ce sujet (correspondance instantanée via internet) assez longuement dans mon livre  » Après le onze mars ». Cette réflexion ne m’est donc pas étrangère, mais ton intervention s’adresse peut- être à Etienne Duval ?
    Mon témoignage sur la violence avait pour but d’ouvrir un débat non « littéraire », ni « psychologique », plutôt anthropologique ?
    Je n’ai aucune réponse à la question. Je considère seulement qu’il ne sert à rien d’ignorer la violence qui existe plus ou moins en nous. Monique.

  10. La parole, pour moi, n’est pas évitement de la violence, elle est d’abord violente. En étant violente,elle commence par séparer. Mais en créant la séparation elle ouvre l’espace du dialogue dont parle JP Treille. Elle fait ainsi exister l’autre en face de moi et permet l’échange et la négociation. C’est vrai que la parole authentique est dialogue mais auparavant, elle doit passer par l’acte de la séparation qui est violence, et cela pour dépasser la violence elle-même.

  11. Je crois que la proposition d’Etienne Duval concentre bien la question. Mais cet éclairage est-il le seul possible ? En effet : qui, de la parole ou de la séparation, est la première ? Ontologiquement l’être vivant est séparé du monde à la naissance. Il est comme dit Emmanuel kant : transcendentalement seul. De ce point de vue, la parole est à la fois expression immédiate de l’individu (voix de la peur, de la faim, et du désir), et à la fois tentative de se relier à l’autre.
    Pour exemple théologique : la Parole est « religiare », elle relie les hommes entre eux. (soit-disant !).
    La violence serait donc d’abord celle de la séparation. Cette séparation n’étant en rien résolue dans la parole, cette dernière porte toujours en elle cette violence qui exprime la souffrance intrinsèque à notre condition d’ « être séparé du monde ».
    le dialogue serait alors un acte raisonné – policé – qui tente de surmonter cette « crainte-amour » de l’autre, et d’aboutir à une entente, ceci dans l’esprit rationaliste des Lumières qui croit en une solution logique, linguistique et raisonnée. Je ne suis pas sûr que dans d’autres cultures le dialogue soit compris de la même manière.
    Si quelqu’un peut nous faire comprendre, par exemple, comment se déroule la palabre africaine, je serai tout ouï.
    JPierre Treille

  12. La parole prend différentes formes au cours de sa genèse. En un premier temps, elle est violente pour provoquer l’espace de séparation qui rend possible la relation avec l’autre. Ensuite elle devient dialogue et c’est le dialogue qui permettra de dépasser la violence pour faciliter éventuellement une relation d’amour. D’une manière globale, la parole fait passer de l’animalité à l’humanité. L’homme est fondamentalement un être de parole.

  13. Ouf! Ça me réconcilie avec ma mauvaise conscience qui me taraudait après l’administration d’une paire de baffes qui m’avait bien soulagée, voire réjouie….. alors que j’aurais du être confuse! Très chouette

  14. Je n’ai rien à ajouter à mon précédent commentaire, ou peut-être pour approuver certains autres commentaires !

  15. J’apprécie beaucoup l’honnête de ce texte. Etant professeur en lycée professionnel depuis 34 ans avec certains élèves, je n’arrive même plus à croire au dialogue. Il y a la violence des coups, de certaines paroles qui restent gravées dans la mémoire comme dans la pierre mais aussi de certains silences…. Fabienne Carré le 23 Août 2014

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