CONTE DE POIVROT de LESTER L GORE

– Vous ne devriez pas rabrouer les chats de cette façon, jeune homme, surtout celui-là.
Je me retournai avec mauvaise humeur vers l’origine de la voix traînante qui venait de m’interpeller, et je reconnus le vieil ivrogne qui avait l’habitude de s’incruster tous les soirs chez Tony. Je ravalai la réponse cinglante que je voulais faire, car après tout le vieux était inoffensif. Et puis, je n’avais pas envie d’une querelle.
— Excusez-moi, mon vieux, mais je n’aime pas ces bestioles, et il a pris la sale manie de me tourner autour en semant des poils partout…
Je désignais le matou pelé et rouquin qui me jetait un regard mauvais depuis la table où il venait de trouver refuge depuis que je lui avais botté l’arrière-train. Oh, rassurez-vous, je ne suis pas un bourreau de chats, en général j’aime plutôt bien les animaux. Mais… Pour lire la suite, cliquez sur le PDF CONTE POIVROT

2 pensées sur “CONTE DE POIVROT de LESTER L GORE”

  1. Ah! Lester, quel ravissement que ce conte de poivrot. Qui n’a jamais assisté à ce genre d’élucubrations sur le zinc, s’est privé de bien beaux moments…L’aspect magique réside dans les images qu’évoquent subtilement les descriptions diffuses du vieux : On voit presque ses chicots jaunis par le gris, on sent son haleine fétide aigrie par l’ingestion d’innombrables ballons du même mauvais rouge,sa bedaîne impudique, ses yeux injectés du sang de sa dérive…Pourtant on le croit ce vieux, on se surprend à penser devoir le respect à ce matou bienfaiteur de l’humanité, à avoir peur d’une souris…Et c’est là que se posent les vraies questions : N’est-ce pas cela la littérature? Un tour de passe-passe pour avoir le sentiment de n’être plus à jeun,sans avoir bu…

  2. Je rejoins sans réserve l’avis enthousiaste posté ci-dessus. Il y a dans cette nouvelle une vivacité, une fluidité, un style précis et dégraissé juste ce qu’il faut, une chute lumineuse, qui ne sont pas sans rappeler le grand Fredric Brown. Une référence prestigieuse, sur laquelle Lester L. Gore appose sa patte, et c’est vraiment le cas de l’écrire, parce que si on lit un peu entre les lignes, on a ici un sacré bestiaire… « Conte de poivrot », c’est un peu comme si « Des souris et des hommes » rencontrait « Un singe en hiver », avec en creux une vraie tendresse bourrue, pas seulement à l’égard de ce chat héroïque, mais aussi vis-à-vis de ce brave ivrogne qui voit des choses inaccessibles au commun des mortels. Et là est peut-être finalement la plus belle prouesse de l’auteur: ce subtil dosage entre humour et premier degré fait qu’on s’envoie la chose cul sec, avant, effet secondaire inévitable, de reposer son verre sur le comptoir en articulant d’une voix pâteuse: « Patron, une autre ! »

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