Lieux d’enfance par Jean-Pierre Treille

Jean-Pierre Treille est un écrivain crestois. Nous l’avons rencontré, Chantal et moi, à l’occasion des lectures organisées par l’association « le ver à soie » ou « le verre à soi », les deux orthographes sont bonnes, à Crest dans la Drôme en décembre 2013. Il nous a confié cette nouvelle qui a été sélectionnée lors d’un concours organisé par « les éditions du bord du Lot » en 2008 et éditée en septembre 2009 dans un petit recueil avec les autres lauréats. Qui n’a pas tenté ce genre de pélerinage ?
« Dites-moi, monsieur, êtes-vous bien certain de vouloir revoir la maison ? »
Pour lire, cliquez sur le PDF: enfance JP Treille

Additif : « Pagan Pandemia Soupe de phalanges » lu par Monique DOUILLET

« Je suis en train de lire un bouquin, genre polar –fantastique, ce n’est pas le policier en soi qui est “fantastique”, c’est l’intrigue qui est un mix entre enquête policière et intrusions de l’au-delà.
À priori, ce genre d’histoire n’est pas ma tasse de thé. Mais ce qui a retenu mon attention ici, au delà des deux premières pages, c’est le style ! Un mélange remarquable de langue verte et de français châtié, je dirais presque, savant. L’auteur use d’un vocabulaire précis, riche et imagé avec le souci d’employer les mots dans leur sens d’origine, même quand l’usage courant l’a détourné. L’écriture est élégante, inventive, le rythme soutenu, l’humour et la distance à leur juste place. Les dialogues alternent allègrement l’argot folklorique et le verlan (selon les interlocuteurs). Bon, moi l’argot je ne suis pas familière, mais là je comprends tout, c’est amusant : le contexte de la phrase permet d’établir le sens du terme inconnu (ah, mais c’est bien sûr !) Un vrai régal !

C’est Lester L Gore qui soutient ce livre intitulé : Pagan Pandemia Soupe de phalanges, publié par « House Made Of Dawn » en e.book.
Il n’a pas voulu en parler sur notre blog.
Je lui ai demandé pourquoi.
« Parce que ça ne vous plaira pas, c’est pas votre genre, m’a-t-il répondu, aiguisant ma curiosité. Donc, je l’ai commandé.
— Désolée de te contredire, Lester ! Amis auteurs et lecteurs du blog qui aimez l’écriture, lisez ce livre, c’est un exercice de style parfait, il vaut le détour ! »

D’accord, il souscrit aux poncifs du genre : il ne fait pas dans la psychologie, les personnages sont tous des demi-truands gentils au grand cœur, il y a de l’action et du suspens pour faire mijoter le lecteur et c’est truffé de jeux de mots convenus et de métaphores tirées par les cheveux. Mais il y a plus…
Il y a de fines observations sur les gens, glissées comme par mégarde entre deux plaisanteries grasses et lourdes. Il y a des scènes effrayantes, tordues et torturées qui me font penser aux peintures des Brueghel (l’ancien et le nouveau).
« Mais où va-t-il chercher tout ça ? »
L’auteur se nomme David Baudet. C’est un perfectionniste. J’ai cherché en vain une erreur de virgule ou de concordance des temps. Que nenni ! Ah, enfin ! à la page 345 de ma version e.book qui en compte 552 (ne vous laissez pas impressionner, en version papier cela ferait 280 pages à tout casser), j’ai dégoté une fôte qui a échappé à sa sagacité : (Medhi) se laissa docilement tiré… »
Bon. Je le signale pour le fun et dans un esprit de vengeance.

Voici quelques extraits relevés au hasard :

« La ruelle était calme. Pas âme qui vive. Deux chatons se disputaient un bouchon de liège sur le trottoir tandis qu’une volée d’étourneaux signait son passage d’un bruissement d’ailes semblable à une bourrasque sur les dunes. Plus loin, quelques voitures en stationnement. O’Keefe se prit à lire les numéros de département sur les plaques d’immatriculation, comme un enfant qui s’ennuierait sur la banquette arrière de la DS familiale. »

Le rade est le lieu de rassemblement de ce demi-monde, quelques portraits :
Olaf en est le patron, « quinquagénaire légèrement bedonnant, à la crinière grisonnante couleur demi-siècle. »
« Entrez, je vous en prie ! mugit Olaf, façon miel d’acacia. »

O’Keefe encaissa sans bouger. Ses mains velues posées à plat sur le comptoir lui rappelaient deux tarentules assoupies. Suite en PDF.
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