« Décharges » de Virginie Lou Nony

Présentation.
« Le chant de l’Amour et de la Mort » transposé dans un centre de rééducation fonctionnelle.

Un couple modeste, uni, passionné (lui de cinéma), engagé dans les luttes sociales de notre temps. Des mois d’efforts exceptionnels n’ont pas permis d’éviter la fermeture de l’usine, ils ont trois enfants à charge. La décision de rompre avec la vie tracée s’impose au couple qui fait ses adieux au soleil de Camargue et à ses racines. Immigrés de l’intérieur, ils montent vers les régions froides où l’on dit qu’il sera plus facile de trouver du travail.

Le nouveau cadre :
Elle, reconvertie en aide-soignante nous fait découvrir le centre de soin qui l’embauche, Ô miracle ! En CDI (contrat à durée indéterminé).
Le lecteur découvre ce centre de soins, qu’on pourrait dire « palliatifs » puisque les enfants comme les adultes qui y séjournent n’ont aucune chance de guérison, voire d’amélioration.
À la tension quotidienne, nourrie de la peur de faire face à la mort derrière chaque porte, se rajoute la chape que fait peser la surveillance tatillonne d’une nouvelle direction administrative médiocre et mesquine, soucieuse de satisfaire aux nouveaux idéaux de la rentabilité.
Extrait : « la nuit Lambert* s’épaissit. N’importe qui dans ce genre de nuit peut se faire mouchard. La sale petite bête humaine n’attend que cette nuit pour renaître et dénoncer les juifs, les sans papiers, les chiens bâtards, la sale petite bête n’attend qu’un Lambert…La jalousie et l’envie sont des passions médiocres comparées à la jouissance de la délation »
* Lambert est le nouveau directeur administratif.
La passion :
Elle se révèle à Eva sous les traits d’une beauté à la perfection inhumaine, celle de Gabriel. Dès le premier regard, elle est prise au piège.
Extrait : « Je crois voir un grand oiseau immobile, les ailes entr’ouvertes comme s’il allait s’envoler. Tombé mais dressé, dos droit, épaules dégagées. Le cou très long porte la tête comme une pivoine trop lourde pour la tige. »
À partir de là, débute une partition duelle.
* Partition de Gabriel l’archange, il l’attend posté près de l’ascenseur, le thème musical s’enrichit de jour en jour, évoluant du désir silencieux au baiser sauvage qui supplée à la relation sexuelle impossible et d’autant plus obsédante.
* Partition d’Eva, « présente-absente » au sein d’un foyer familial qui se délite, où chacun se protège en construisant son domaine étanche. Moralement, le capitaine a déjà quitté le bateau.

Morale : Il n’y en a pas.
Une composition rigoureuse, une écriture tenue, en phrases courtes et haletantes, sans trémolo ni fioritures, qui fourmille de sensations si justes autour du sentiment amoureux et de la passion.

Ce livre vient de sortir chez Actes sud. Le lien avec l’auteur est sur le blog.

À LA RECHERCHE DES DOS par Guy – Merlin YEPSE KOUNTHA de DOUALA CAMEROUN

Je ne résiste pas à l’envie de publier (avec son accord) les mails que Guy Merlin m’a envoyés entre 2002 et 2008. Je ne dispose plus que de cette version PDF mal composée (que je suis incapable de remanier), tant pis ! L’idée de la rechercher m’est venue parce qu’il vient de m’annoncer la naissance de son premier bébé, une fille, à qui il a donné les deux prénoms suivants : « Monique-Douillet ». Me voilà donc marraine de facto d’une petite fille née à Douala Cameroun, le 5 février 2012.
Cliquez sur le PDF :Nouvelle_Guy Cameroun